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Jean-Yves
SALMERON de la rue TROBRIANT
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ESTO ES MI VIDA !
Lettre à un voisin de la rue Baenzinger……… Au hasard des recherches sur des sites parlant de ma belle ville d’Oran, sur lesquels je recherche sans cesse des photos de mon quartier La Marine, où je suis né. Je cherche encore plus intensément des photos de ce petit coin, situé entre la rue des Jardins et la rue Trobriant. Ne voilà-t-il pas que je tombe sur un dessin de coin de rue où des personnages se tenaient devant un magasin : les établissements Toffoli rue de Trobriant. En cherchant encore plus sur le site concerné, je trouve une photo où l’on voit un bout de la rue, celle où je vis le jour : la rue Trobriant. Notre ami Henri Palles, créateur du site, a été mon voisin d’immeuble, mais vu mon jeune âge à l’époque, nous nous sommes uniquement croisés. Je lui envoie au travers de cette histoire, quelques souvenirs du quartier, car je suis sûr qu’ils sont en partie communs, ne seraient ce que par parents interposés, ou amis. Je suis né donc le 12/07/1949 à Oran, quartier de la Marine, 4 rue de Trobriant, qui est aussi le 11 rue des Jardins, dans un appartement situé au premier étage de l’entrée du n°4. Fils de Emile Salmeron et Marie Albors. Mon père né à Oran, à la Calère, il en était particulièrement fier. Ma mère née à la Londe Les Maures (VAR). A cette époque, mon grand-père maternel, François Albors, né lui aussi à Oran, travaillait comme métayer dans le sud de la France. Mes grands-parents paternels sont nés aussi à Oran. Mon grand-père paternel Carlos Salmeron était sapeur pompier. Ma grande mère, un monument de gentillesse. Me voilà donc débarqué un mardi matin de juillet 1949, dans cette maison. Le premier petit enfant de la famille, je ne vous dis pas….. Dès que j’avais un « pet » de travers, je passais de bras en bras, j’étais couvé, veillé, adoré. Mes voisins de palier : Pepico, Anica et Jeannette, famille de pêcheur, très pauvre je m’en souviens. A coté une dame âgée, qui vivait seule. Et qui recevait tous les soirs la visite de sa nièce, Francine d’après ma mère. Toujours sur le même palier, mais en face, une partie importante de ma famille : tonton Raymond Albors et tata Jeanne née Hernandez, Louisette et Mimi (Emile Vidal) recueilli par Jeanne à la mort de sa mère. La fille de Jeanne, Louisette, était ma marraine. A neuf mois de ma vie, le 22 décembre mon grand-père Carlos Salmeron décédait, puis 3 jours après,le 25, jour de Noël , ma marraine disparaissait aussi, à 17 ans , victime d’une longue maladie. Triste époque pour ma famille ce Noël 1949. Les Noël ont longtemps été craints chez nous, jusqu’à ce que les nouvelles générations fassent oublier ces moments terribles, et qu’on transforme la peine en grand amour. La vie pour moi en ces lieus, de la rue Trobriant, est empreinte de milliers de souvenirs. Les souvenirs, ce sont les mots, les images, les odeurs, les émotions, les visages Il n’est pas toujours facile de les mettre en bon ordre, quand ca se bouscule dans la tête. Essayons. Je continue dans la description du voisinage : à l’étage au-dessus, la famille Rochas, avec Hubert, un de mes camarades de jeux. Au même étage, une famille dont je ne me souviens plus du nom. A cet étage la grande porte, ouvrant sur la rue des Jardins et son trafic, qui me donnait toujours l’impression de gronder. C’était une porte de lumière, coté sud, contrastant avec celle de la rue Trobriant. Les univers du haut et du bas n’étaient pas du même monde à mes yeux. En bas le calme, le silence, l’humilité, et en haut l’agitation du centre ville proche. A l’étage au-dessus, le fameux docteur Lamanovici, Roumain de naissance, établi à Oran. Il avait une particularité : la couture ! Il a recousu mon front, ma lèvre inférieure et l’arcade d’une de mes sœurs, au hasard des jeux qui finissaient mal. Mon père parfois le conduisait pour le plaisir, la nuit dans ses tournées. Son fils Charlie était aussi un de mes camarades de jeu. Les étages et les habitants ensuite se brouillent dans mes souvenirs. Je me souviens d’une grande terrasse, au sommet de l’immeuble, où je voyais ma mère, faire bouillir des lessiveuses de linges. Au rez de chaussée de la rue Trobriant, il y avait un atelier de taxidermie, appartenant à M. Cabrera. Tout ce qu’il y faisait me semblait étrange, et je me souviens encore du regard ombrageux de certains animaux empaillés. C’était un homme très gentil. Je me rappelle qu’en venant de la place des Quinconces, on rentrait chez nous par la rue Baerzinger (j’ignorais son nom en ce temps là), et on passait devant les établissements Toffoli, en tournant à gauche. Au coin proche de la rue Trobriant, la laiterie avec des vaches, et ça sentait la laiterie, oui bien bien même … ! Mon cousin Mimi et moi allions y chercher le lait du quatre heures, pour « le café au lait ». Et on dégustait avec des « bonbonès », nom espagnol du gâteau, en tout cas le nom que leur donnait en espagnol local, ma famille. Celui qui avait la primeur était le gâteau rond avec un grand trou au milieu, et qui cuisait dans un moule avec couvercle, sur la gazinière. Quelle merveilleuse invention. Des noms de plats me reviennent aujourd’hui, « potajè », « pimientone », « migas », « gaspacho », mais je dois avouer qu’il a fallu que je sois adulte pour les apprécier. C’est toujours comme ça avec les gamins… C’est dans la rue de Trobriant, que j’ai appris à faire du vélo. Un petit vélo tout vert. Je me souviens avoir vu de la fenêtre de ma chambre, tomber la neige en 54. Eloignons nous un peu de la rue Trobriant, et allons vers l’univers qui l’entourait. Au nord le quartier du boulevard Odinot, où habitait mon cousin Jean-Marc Esposito. Lui aussi était un adepte de cicatrices, que recousait le docteur de la maison. La librairie qui s’y trouvait, a une pris une part importante pour le restant de mes jours : Madame HERNANDEZ avec les BD qu’on y achetait (capitaine Garry, Battler Britton, les pieds nickelés etc..) j’ai appris à lire et à m’évader dans l’imaginaire. Cela ne m’a pas quitté. Il y avait l’épicerie Touboul, avec le propriétaire toujours habillé d’une blouse grise. Ca sentait bon les anchois en baril, les harengs fumés, et tant d’autres choses. En face la pâtisserie « scooter », c’est comme ça que je l’ai toujours entendu prononcer par ma famille, et bien plus tard j’ai su que c’était Schroeter. Milles excuses, mais je crois qu’ils le savaient. Le Familia, aahh le Familia, cinéma qui portait bien son nom. Tout velours rouge, style ancien. Je vais même vous dire quel air se jouait pour annoncer le début de la séance : La danse du Sabre. Tiii i titiii ti i i titiiiiiiiiiiiii Ca se pressait dans les rangées, quand on entendait cette musique ! Il y avait dans le coin, la charcuterie de « madame Charles », je crois, admirée par Tonton Raymond qui disait : « dans ce magasin c’est tellement bien présenté, qu’on a envie de tout acheter ». Les glaces du « Cojo » étaient connues aussi. J’ai été baptisé à l’église St Louis, et ai commencé « mes études » chez les sœurs à cornettes. Leur méthode était si efficace en maternelle, que je n’ai pas eu besoin de faire une deuxième année, et je me suis retrouvé directement en CE1 à l’école Bastrana, avec M. Roux comme maître, sans faire de CP. L’imprimerie Heintz, où avait travaillé Tonton Raymond, la place des Quinconces, la poste, la préfecture, voilà encore des souvenirs en vrac. Situé dans une rue près de la poste, un magasin, la propriétaire s’appelait Arlette, une amie de ma mère, regorgeait de jouets et plein de chose encore. Vers Noël j’assistais aux tractations en espagnol de ma mère et de sa copine dans ce magasin, en riant intérieurement, car tout le monde pensait que je ne comprenais pas la langue. Cela a été longtemps mon secret. Coté sud, c’est la rue des Jardins, longue montée, pénible par temps chaud. Au coin de la rue de Saida (je ne sais pas si c’est le vrai nom de la rue : c’est la rue opposée à la rue Baerzinger, avec des escaliers aussi, et qui possédait une petite épicerie) une vieille femme qui me saluait tout le temps : « mademoiselle Nicole ». Les jardins perchés au-dessus d’un mur de 10 mètres, je ne les ai jamais bien vus. Au dessus il y avait la rue de l’Aqueduc. La « rue des juifs », plus haut, empreinte des odeurs d’épices, grouillante d’activité, qui ne portait d’ailleurs pas ce nom là, mais qui regroupait une partie de la communauté Juive d’Oran. M. Touati confiseur de ma connaissance y avait un magasin. Arrivé en haut c’était la place d’Armes, point de départ vers le reste du monde, mais ça c’est une autre histoire. En bas de la rue des Jardins, dans le virage, il y avait une sorte de grande cave, ou voûte, siège de la fanfare «Les Amis réunis». Mon père y jouait du tambour. Cette fanfare était partie en tournée aux fêtes d’Alicante en 1960 ou 1961. Ceci reste pour moi plus qu’un souvenir, mais une vraie partie de moi-même, car quand dans les fêtes de village j’entends passer une fanfare, la sensation physique que je ressens est indescriptible, j’ai 5 ans à ce moment là. Pour parler de mon père : fanatique de la JU Don Bosco, de Papa Tricot (qui lui a appris le tambour), de football (il a joué à l’ASMO), il a fait de la boxe, et tous les sports qui passaient par-là. Longtemps a trôné sur le buffet, sa coupe de vainqueur de ping-pong. Elle est restée de l’autre coté de la mer. Il n’y a que la guerre qui a stoppé son dynamisme. A son retour il n’était plus le même. Anxieux, traumatisé je crois. C’est vrai que combattre Rommel en Tunisie, débarquer plus tard en Italie, puis en Provence en voyant la France pour la première fois, puis remonter en Allemagne, se faire geler les pieds dans les Vosges, voir ses copains étriper par les mines, les obus, ça change un homme. De condition modeste, ajusteur mécanicien à l’arsenal de Mers El Kebir, il a su avec ma mère nous élever dans l’honneur. En 1956, avant la grande aventure de 1962, je suis parti vers l’Est d’Oran, habiter ailleurs, ceci est une autre histoire. Certains bonsaïs, n’aiment pas qu’on les transplante…Hasta luego ! Un hijo de la Marina LA PAELLA Parmi les souvenirs d’Oran, il y a ceux qui restent là bas et ceux que l’on peut emporter avec nous, comme la recette de la Paella. Cela a commencé pour moi très tôt, dès cinq ans. A chaque occasion, Pâques, Pentecôte, 14 Juillet, 15 Août, c’était les retrouvailles de la famille, aux Genêts, Arzew, ou Coralettes, et aussi à la maison. Dès que j’ai été en âge de piler des ingrédients au mortier (en bois), c’était à moi qu’était dévolu la tâche de piler l’ail de la Paella. Mon père y ajoutait du poivre, du sel, du persil, et souvent de la « Gnora », sorte de piment doux rond et sec que l’on faisait rapidement dorer à l’huile avant de le mettre au pilon. Je m’acharnais comme un dingue à concasser tout ça ensemble, et de temps en temps un ail partait sur orbite. L’odeur qui se dégageait est encore inoubliable, et elle présageait à elle seule d’une magnifique journée en famille et au bord de la mer. Pendant que mes bras se tétanisaient à maîtriser le troupeau de gousses d’ail, et à le rendre à l’état de hachis, j’observait mon père qui faisait dorer les ingrédients séparément, dans de l’huile d’olive. Les carrés de viande, le poulet (poyo), le lapin (conejo), rissolaient jusqu’à prendre un couleur dorée, puis venaient les seiches, le calmar. Il salait et poivrait séparément chaque chose, et la réservait pour le grand final, la préparation du bouillon. Puis venait le cérémonial du mélange de tous les ingrédients dans l’immense poêle , où dès que le hachis d’ail commençait à rissoler, dans l’huile, l’odeur fabuleuse indescriptible , faisait saliver toute la famille. L’eau avec le safran, versée bouillante dans la poêle, mêlait le tout dans un bouillon prometteur. Quand le bouillon parlait, alors arrivait le riz, puis quelques minutes après il déposait debout, plantées dans le riz, des grosses moules d’Espagne, qui s’ouvraient en s’emplissant de grains. Venaient ensuite les petits pois, puis des lanières de poivrons, et le scénario se terminait avec les rondelles de citron sur la poêle, les crevettes, les langoustines. J’ai hérité de ce savoir faire, j’en suis fier. Quand je fais la paella, une voie interne, celle de mon père, me guide sans cesse, et je refais les mêmes gestes observés des décennies plus tôt. S’il y a un gêne de la paella, j’en ai hérité. |