Mon cousin Guy PALLES
Mon cousin Guy m’a un jour offert deux poèmes qui m’ont touché et à présent c’est avec un grand plaisir que je l’invite à vous les présenter. Ils sont tous deux signés du nom de son fils Alexy, aujourd'hui disparu.
ADIEU MON ORAN

Qu’il est dur un jour de partir !
Avec pour seul bagage ses souvenirs…
La Marine, St Eugène, Eckmühl, Choupot
Tous ces noms résonnent comme un écho.

Ils foisonnent en nos têtes
Comme autant de jours de fêtes !
Mais nous sommes la, chavirés sur ce bateau,
Le cœur a marée basse, a fleur d’eau.

Nos yeux hagards scrutent le paysage,
Derniers flashs, dernières images,
Incrustées en nous pour l’éternité
Telles des gravures de piété.

Un grincement horrible, l’ancre monte avec lenteur,
Avivant un peu plus notre torpeur.
Les amarres fouettent la surface de l’eau,
Et nous arrachent un sanglot.

Le paquebot s’éloigne du quai,
Nous tendons les bras pour nous y accrocher… Mais,
Il poursuit imperturbablement sa manœuvre.
Des vaguelettes ondulant, telles de vertes couleuvres.

Nous agitons machinalement nos mouchoirs,
Comme pour un au-revoir, espoir, illusoire.
Déjà, le navire quitte le port,
Emportant avec lui, notre détresse et nos remords.

Le rivage fuit, nous n’apercevons plus que la vierge Marie,
Santa Cruz, dernière vision de notre chère patrie.
Puis plus rien, si ce n’est l’onde a infini.
Nous comprenons que tout est fini.

Abandonnés, déracinés, rapatriés, exilés,
Nous sommes ce que vous voulez.
Peu importe, pour nous cette mer est notre désert!
Tel Moise, nous aussi, nous cherchons une terre !

La France nous acceptera… presque à regret.
Mais construira plus tard des minarets !!!
Comprendra qui pourra, mais personne ne nous leurrera.
L’histoire est jalonnée de forfaitures, de non dits, de scélérats.

Politique politicienne, tu n’es qu’infamie.
Et ne nous fera pas oublier nos racines, l’Oranie.
La mémoire est tenace, parfois cruelle.
Elle rend notre douleur encore plus belle…

ALEXY

L’ABANDON

Au détour d’un chemin
Sans remords, sans chagrin
On abandonne son chien
Comme un paquet, un rien.

Et un jour c’est au tour de grand-mère
D’être abandonnée dans l’antichambre du cimetière
L’hospice, ce détour de chien,
Pour mémé qui a presque fini le sien.

Avec des « ici tu seras bien ! »
On veillera sur ton quotidien !
Rassure-toi, on ne t’abandonne pas !
On viendra te voir, te chercher. Tu verras ! Tu verras !

Telle une statue figée pour l’éternité
La vieille dame est la, drapé de sa dignité
Assise dans un coin, seule naufrager
Attendant, on ne sait quoi ou qui, sans bouger

Elle regard les yeux rivés sur la porte d’entrée
L’espoir au fond du cœur, toute chavirée.
Aujourd’hui c’est son anniversaire
Alors… Qui sait… Peut-être… Peut-être…

Et puis, la lueur s’estompe. Les heures passent
La nuit tombe. Son rêve trépasse.
Elle essuie discrètement une larme
Et reprend sa pose de noble vieille dame.

Venir la chercher ? Qui pourrait bien s’en soucier ?
Noël est passé, comme celui de l’an dernier
Ici, avec les autres vieux, des reliques oubliées
Rangées déjà dans un coin du grenier.

Avec ses meubles, ses bibelots, ses souvenirs
Ses photos, ses joies, ses soupirs, son devenir.
Affaires classées, plus rien à espérer, à mendier
Si ce n’est le grand voyage, l’ultime, le dernier…

ALEXY

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REVER

Le rêve est le seul remède quand la vérité est trop laide.
Rêver n'est en réalité qu'embellir la vérité.

Je voudrais encore rêver,
Laisser mon imagination dériver,
Larguer les amarres de mon quotidien,
Quitter ce quai pourri, où rien ne me retient.

Fermer les yeux, retrouver le père Noël,
Mes plumes sergent major, Polichinelle,
La petite souris, mon camion de pompiers,
Mes billes, mes soldats, et mes cavaliers.

Recourir dans ma rue, un deux trois, soleil,
Mais, elle est sale, triste, et rien n'est plus pareil.
André, Anatole, Alain, ohé......où êtes-vous?
Je veux encore jouer, courir comme un fou

A perdre haleine, m'écorcher les genoux,
Rattraper ces fantômes qui étaient nous...
Retrouver aussi ma chouette copine,
Avec ses couettes, sa drôle de bobine,

Ses taches de rousseur, son p'tit nez retroussé,
Ses poupons mutilés et son landau cabossé.
Un rideau délavé, lui faisait une robe de mariée.
Elle était belle, radieuse, elle souriait.

Moi, fièr à son bras, sérieux, j'y croyais en vérité,
Croix de bois, de fer, promis, juré, pour l'éternité.
Enfermé dans ma bulle de chewing-gum,
Mâchouillant toujours mes gommes,

Je regardais vivre et vieillir mes vieux
Qui faisaient semblant d'être heureux ...
Tous les soirs, mon père lisait son journal,
A force, il ne devait plus rien y lire d'original !

Ma mère, elle, sous le halo d'une vieille ampoule,
Telle Pénélope, tricotait la même laine roulée en boule
Puis, me disait bonne nuit, caressait mes cheveux,
Moi, je fermais presque mes petits yeux,

Par l'interstice, lui volais un dernier doux regard,
Que je revoyais seul dans le noir, plus tard.
J'ai ainsi grandi à l'abri de leurs ombres,
Me protégeant jusque dans la pénombre.

Mamie, je suis égaré, ne trouve plus ton chemin,
Le mien me mène, à une croix du grand jardin.
Je voudrais encore entendre ton moulin à café,
Ton vieux poste grésiller, tes contes de fées,

Dévorer tes quatre heures, pain et chocolat,
Mais, que les débuts de mois, au delà,
C'était pain sec, et, ton sourire grand mère.
Tu m'aurèolais de ta lumière et de saintes prières.

Mais, même les immortelles se fanent un jour
Emportant avec elles, les couleurs de l'amour.
Je ne savais alors, que j'allais devoir mentir,
Tricher, jouer des coudes, calomnier, anéantir.

Je ne veux plus jouer dans la cour des grands,
Elle n'est peuplée que de loups et de méchants.
Rendez-moi mon enfance, mon insouciance,
Mes éclats de rire, ma crédulité, ma confiance,

Mon innocence perdue et mes illusions...
Je vous laisse vos violences et vos millions.
Qui est cet enfant, je ne me reconnais plus !
Mais, il grandit, non petit, non, fuis ce que je fus...

Maman, dessine moi un mouton, un oiseau.
Papa, mène moi à la pêche aux bigorneaux.
Maman, papa, où êtes-vous, vous ne dîtes rien.
C'est moi, votre petit garçon, je reviens, je reviens !!! Alexy