Et moi à côté de lui, jour après jour,
sans rien comprondre au phénomène, je ne pouvais que le regarder d’un
bon œil, et lui sourire sans pouvoir l’aider car si lui, il avait choisit de rester nain, moi par
contre, je n’en navais apparamment pas le droit, et même
si cela paraissaitune épreuve insurmontable, il me fallait grimper
les étages.Plus rien maintenont ne ressemblai-t’à ce
que j’avais connu depuis ma naissonce dans les Bas-Quartièrs. J’avais
en quelque sorte perdu mes repères.
La vie de la citée... C’est pas la vie du quartièr. Pour commencer moi
qui avais l’habitude de voir chacun qui habitait dans sa propre ruelle,
là par contre, tout le monde, il était à la même adresse. Et nous qu’on
connaissait bien la tronquillité des voisins avec un mur adjaçont de trois
mètres d’épaisseur, là on était tellemont près les zuns dès zautres qu’on ontendait même le
voisin respirèr, pour ne pas vous dire le reste. Mais zà for ça force,
il a bien fallu s’habituer à ce chongement de culture
qui se traduisait à l’époque par la MODERNITÈ. C’estcomme çà je suppose
que les civilisations elles zévoluent en passant du vieux au neuf. C’est
vrai ! C’est vrai ! Mais il fallait pas croire que nous zautres on n’était pas zévolués ou pas civilisès
parce qu’on venait des BAS- QUARTIÈRS! Et à propos, je compronds pas pourquoi
yen na qui préférait dire qu’onnétait de la MARINE. Parcequeeee Figurez-vous
que le préfix “BAS” les dérongeait ! Y létait
soi-disont trop Péjoratif selon-zeux. Et après tout, qu’importe le nom,
s’il létait le plus beau quartièr d’ORAN. La preuve, elle est
là dans mon cœur et vous pouvez rien chonger. Et plusse j’y ponse et plusse
je sais que j’ai raison.
MON QUARTIER ETAIT UNIQUE AU MONDE. C’était comme si on navait collé un
morceau de Marseille avec un morceau de Paris boutabout.
Les jons parlaient sans zaxont, avec le même rythme, la même cadonce, la
même prononciation, normalemont, sans faire croire qu’ils zétaient plus
intellijonts les-zuns que les-zautres. On faisait pas des manières nous-zautres,
comme ceux d’en hô qui nous faisaient de l’hombre. Et on n’était pas non
plus des radins et des zégoïstes, parce que nous zautres on partageait
tout entre-nous, la rue, le casse-croûte, les petits biscuits, les bonbons,
le chewing-gum, tout! Tout! Même le soleil, avec un cœur grand comme la
place d’Armes.Moi j’habitais côté PARIS. Le boul’vard
Oudinot était... On pourrait dire notre boul’vard Haussmann, avec tous
ces magasins, Ce beau cinéma «Le Familia » Et ces cafés où ça
sontait tellement bon, quand t’on passait devont. Rien que de renifler
sur le trottoir ces odeurs d’anisette et de café mélongés ça me donnaient
de la gaieté au cœur. La préfecture était la place de l’étoile. Le grand
boul’vard Stalingrad ou boul’vard Molle, c’était pour moi mes Chomps-zélysées
où je dévalais sa descente en patins à roulettes sur le trottoir de droite,
sans m’arrêter zaux petites ruelles
adjacentes. La place des Quinconces, pour moi c’était la place de la CONCORDE.
Et La Concorde pour une autre raison parce que... On traçait notre Tour
de France avec de la craie par terre pour
le parcourir avec nos capsules de bouteilles, et là, que l’on s’appelait
Saïd, Simon ou Samuel, on avait tous la même chose dans la tête : C’était de gagner des étapes tout simplemont. La plus
dure était bien sûr celle qu’on appelait l’étape du “ Caminico de la Mouerté.”Là il
fallait faire ontention, même les champions là, ils zallaient tout doucemont. Mais...
Yavait une concorde là ? Mon-mon ! Je te dis pas. Même ceux qui
zétaient fâchès, ils jouaient ensembles comme de bons copains, même qu’ils
se parlaient normalemont comme tout le monde, mais seulemont à la troisième
personne du singulièr. En effet en remplaçant les “tu” par des “il” ou
des “iiii” parexemple : < Il é taveugle
lui? iiii voit pas que je suis devon lui Nonnnn ? -Siiiiiiiiiiiiiiiiii
y veut pas jouèr, ilnaqua aller chez sa mère>
Et l’autre il lui répondait :<Bon ! Bon ! ÇA VA !
Il s’la ferme mainnon et on continue! D’accord? ><D’accord !> Et ils se remettaient à jouèr tranquillemont, comme si rien s’était passé.
Hôreuzement que c’était comme çà. Et ça ! C’était la concorde qu’on
avait nous-zautres dans mon quartièr.Maintenant, quand le tour de France était
fini, on sortait nos billes nagates. Èlzavaient de ces couleurs ces billes
là à l’intérieur: Çà me faisait rêver. Et
quand l’époque des zabricots était là, on namenait nos pignoles pour jouer à la “Madré”ou à la “Rigole” Ou “au
canal” Ç’à dépondait! Des fois y’en avait, qui venaient de loin pour jouer
avec nous. Y yen avait qu’on connaissait pas bien sûr, et on n’aimait pas
trop ça parce que quand t’ils gagnaient, ils ne revenaient pas pour la
revonche, mais on les zacceptait qu’à même, la place des Quinconces, c’était
pour tout le monde. Et les cartes, qui fallait qu’on gagne par la force
du poignèt en les retournont, just’en les tapont au-dessus avec le creux
de la main et avec un savoir-faire... Et une puissonce... Que pas beaucoup
de cartes résistaient à la ventouze.
La toupille avec la ficelle et le”Pitchac”aux rondelles de chambre à air
de bicyclette attachées ompelotte, étaient notre sport national. Et le “Carrico” sur
des roulements à billes étaient de véritables bolides, mais pas appréciés
des adultes. Le “Loncé du canif”qu’on lançait sur la terre qu’il y avait autour des arbres,
pour se partager un gâteau imaginaire. On jouait parfois aux osselets,
mais le plus intéressont, c’était les petites tablettes de céramique taillée
en rondelles. Et à ce jeux là, yen avait-t’un qui était t’imbattable, un
dénommé Cader qui habitait le « Crave-cœur » la rue qui montait
en côte jusqu’à la rue wagram. Ce type là ! Il avait une dextérité et
une rapidité dons le mouvemont qu’il étonnait tout le monde. On faisait
nos partis en bas de chez lui ou alors sur les escaliers de ma rue. Et
puis il yavait un certain Simoune aussi qui lui descendait d’en Hô quelque
part vers la rue des Juifs, pour venir jouer avec nous. Et lui, sa spécialité c’était
de casser les toupilles. Pour cela on le craignait beaucoup, mais on l’admirait
aussi parce que comme lui, yen avait pas deux qui pouvait faire ce que
lui y faisait avec sa toupille, un vrai champion. De la tête aux pieds,
il la posait où tu voulais sans problème. C’était lui
d’ailleurs qui m’avait t’apprit à bien jouer à la toupille. C’était un
bon copain ce Simoune, en plus à momont donné il était dans ma classe même
s’il était plus vieux quemoi Dans les petites ruelles étroites il n’y avait
pas beaucoup de soleil, mais elles zétaient pleines de vie. Les mères parlaient
d’une fenête t’à l’autre tout en jeton un oeil sur les filles qui jouaient à la
corde ou à la marelle. On choutait aussi le ballon ou le Pitchac à un gardien
de but qu’il pouvait jamais lé-zarrêter. Les poteaux c’était la largeur
de la rue, et il n’y avait pas de voiture qui passait alors on était tronquille.
Il yavait pas de fenêtre en rez-de-chaussée dans notre rue Trobriant, alors
quand l’ontrepôt de TOFFOLI fermait, on avait le champ libre. On pouvait
taper de partout avec le ballon et faire autant de bruit qu’on voulait
personne ne rouspétait. En plus avec les escalièrs
de ma rue Baenziger qui montaient comme des gradins, on se serait crut
au stade de « foot Du parc » ET,”ONTENTION” la CALBOTTE !A
chaque fois qu’on revenait de chez le coiffeur, tous les copains voulaient
essayèr la nouvelle coupe de cheveux avec la nuque bien rasée et talquée.
Il valait mieux parfois faire un détour, quand t’on voyait les copains
de loin, parce que... Même à 100 mètres de distonce, le parfum de l’eau
de Cologne nous trahissait. Et y’en avait certains qui frappaient fort
qu’à même. Alors on disait : <Si té pélasse, té stréna> Et c’était
la gifle qui partait darrière l’occiput de la tête. Mais plus de bruit
que de mal. Seulement que ça secouait un peu la cervelle dans sa boîte,
si bien que j’en laissais qu’un seul, faire l’éstrennage et les zautres... Ils pouvaient toujours
courir pour me rattraper.
A part çà, la PALÈSTRE du Murdjajo qu’on appelait les Plonteurs étaient
un véritable Havre de Bonheur ! Le jardin de “l’étong” un jardin enchanté,
aux milles cachettes.Il n’y avait qu’une chose qui pouvait paraître
un peu bizarre. C’était que, dans la rue des jardins où habitaient mes
grands-parents et mes cousins Martinez, on ne voyait pas de jardin. Pourtant
il yen avait ! Bien sûr que c’était pas comme ceux du ravin Raz-El-Aïn...
Mais yen avait ! Seulemont, ils zétaient un peu hô, suspendus comme
ceux de Babylone, sur un mur perpendiculaire à dix mètres d’altitude. Il
fallait pour bien faire la grande échelle des Pompiers pour mieux les voir
ou alors... Il fallait passer par la rue de... l’Aqueduque ou de LA...
quinique, que disaient certains je ne sais pas pourquoi, moi j’ai jamais
zétait dans cette rue là. C’était pas les Bas-Quartièrs çà! Mais zà vrai
dire, pour revenir à la rue des Jardins, avec tous les Bégoniacèes en fleurs
que les mères et les gronds-mères elles mettaient zaux fenêtres, quand
c’était pas, carrémont devont la porte du trottoir, Mon mon ! On n’avait
pas besoin de jardin à la rue des jardins.
Tous çà c’est l’Oran que je garde dans ma tête. La FANTASIA remontant l’avenue
Stalingrad et le ravin Raz-el-Aïn, la fête de l’eau douce à la place d’Armes,
la fonfare de la municipalitè, le bal du 14 juillet à la place de la République,
avec ses manèges, et ses forains. Le jour des Rameaux à Saint-Louis. Les
longues promenades en famille sous les pins des Plonteurs et les soirs
d’été très tard dans les rues qu’on descendait jusqu’au port... Ha !
Qu’on était heureux à l’époque et qu’elle était belle et tronquille la
vie qu’on avait!Et à la maternelle quesqu’elles-zétaient
jontilles les petites sœurs Trinitaires comme la sœur Ernéhaϊde, avec
ces belles zimages qu’elles nous donnaient en récomponse quontonnétait
sage. Et Y en avait souvent des images et des bons points, parce qu’on
n’était jamais méchant: SAGES COMME UNE IMAGE! Qu’elles disaient ! La sœur
Ernéaïde, elle connaissait presque tous les parents d ‘élèves car
figurez-vous qu’elle leurs ravait déjà fait l’école quont’ils zátaient
petits. Parce qu’elle était encore plus vieille que ma grand-mère. La povre ! Elle est peut-être morte maintenon.
La “Fouguerra”de la fête de la Saint Jean (qui zétaient défendu, mais à moitiè )
Et les vieilles casseroles avec toute cette ferraille attachée qui descendaient
la rue des jardins le jour saint de la Résurrection. Et celui qui passait
le soir dans la rue en jouant de la samboumba que je n’ai jamais plus zontendu
depuis qu’on a quitté les Bas-Quartiers.Et l’été, quesqu’on
bouffait comme piroulis glacés de toutes les couleurs, qu’on allait achetèr çà chèz
Sériano de l’Oranaise, pour 5 F [de l’époque] Les bonbons et les magazines
de chez madame Hernandez où je passais toujours le dimanche matin en revenont
de l’église. Que le bon Dieu me pardonne pour mettre à la quête seulemont
la moitiè des dix francs que ma mère elle me donnait pour la messe ! Où y
sont passés ces cris de marchants dans la rue comme “Algo-venderle” “Calientica” “Tchoubo” “ agua doulcé” et
d’autres que j’ai maintenont oubliè ! < Malhôreusemon ça fait tellemon
lonton qu’on les zonton plus ! >Ya tant de
souvenirs dons ces années là. Des bons et des moins bons comme à l’écolePaul
Doumer, où ils me m’étaient toujours Zéro à mes dictèes. Tous les ans c’étaitpareil,
de M. Beusambe à M. Régner, ils-zétaient jamais contonts. Et pourtont ,c’est
pas que je demondais pas à la vierge de Sonta-Crousse, qu’elle me corrige
les fautes...Méé ça fait rien , je ne lui enveut pas à notre bonne mère
du salut, l’essentiel c’est qu’elle était là-hô pour nous protégèr de la
Peste. [ Y parait que c’est Camus
qu’il a dit çà ! ] En attondant,
elle nous manque cette vierge qu’on pouvait voir de partout où qu’on était
dans les BAS QUARTIÈRS.
Voua
là! C’était çà! Mon n’ORAN à moi,
LES BAS-QUARTIÈRS DE LA MARINE.

|